Portrait: DANIEL PASCAL MULTICARTE DE L'ESPACE VERT |
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| Installé
dans le monde
du tout-terrain
depuis 25 ans, Daniel a tout fait, tout vu. PAR THIERRY
TRACCAN. |
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| Il
n'a pas vraiment le look d'un commercial multicartes, Daniel Pascal,
et pourtant... Patron d'une conces- sion KTM et Husaberg, d'un centre
de loisirs TT, d'une structure de locations (des 125 trails aux missiles
d'enduro), mécanicien et préparateur, ne lui en pro- posez plus. Même
un troisième bras ne lui suffirait pas. Pourtant, rien au départ ne
le prédestinait à ce métier. Né dans les Vosges, le 22 janvier 1950,
c'est à l'âge de 10 ans qu'il a sa première apparition : << A
l'époque, on n'avait pas de télé, rien... Et la moto, je n'imaginais
même pas. Ma découverte a eu lieu lorsque l'on a déménagé à Paris. Un
jour, mon père m'a emmené à Montlhéry et, là, je suis tombé sur le c...
Ça a fait un gros flash, c'était parti. J'ai commencé à dévorer les
Moto Revue à 80 centimes, d retaper de vieilles mabylettes en virant
garde-boue et pot d'échappement. >, Son choix est fait. Après un
CAP de répa- ration motocycles, c'est chez Godier- Genoud qu'il apprend
le métier. Son emploi le conduit à écumer les circuits de vitesse. Pourtant,
il imaginait plutôt son avenir sur terre... Alors il entretient sa passion
pour le TT dès qu'il a un mornent au guidon de sa machine de cross.
Son horizon s'éclaircit lorsqu'il intègre, en 1980, le magasin Challenge
94 : C'est Challenge qui m'a permis de découvrir le truc dans son ensemble.
D'un côté, la découverte de l'Afrique avec le premier Dakar ; et de
l'autre, l'enduro, le trial, le cross. J'étais chargé de m'occuper de
top pilotes et de néophytes. a m'a permis de considérer les deux côtés,
'appliquer des recettes différentes selon les compétences de chacun
et de ne pas me tromper d'objectifs. Cette pério- de m'a été très profitable.
>> Le "Barbu'; comme on commence à l'ap- peler dans le milieu,
se fait connaître par ses préparations magiques et décide de voler de
ses propres ailes. I1 crée son atelier de pré- paration : Compé client.
<< Au départ, on travaillait pour KTM, pour la prépa des motos
de Chabanette et de Moralès, et puis après il y a eu Honda, KTM et Husqvarna,
KTM et Honda... On préparait des motos pour le supermotard, l'enduro,
les rallyes africains... >> Daniel a travaillé pour de très grands pilotes, et quand il en parle, il ne semble pas en tirer une fierté particulière. Pourtant, à entendre les noms, ça laisse rêveur : Burgat, Desnoyer, Albaret, Péan, Chabanette, Moralès, Lalay, Charles, Olivier, Magnaldi, Sainct, Arcarons... Sacrée brochette. << Des motos, j'en ai pré- paré pour des coups ponctuels, comme celle de Péan pour Le Touquet, par exemple ; ou encore une 350 MBK pour Pierre-Marie Poli sur le Tunisie... qu'il avait gagné ", se sou- vient-il en souriant. Des galères de prépa- ration, il en a connu pas mal, mais une l'a vraiment marqué : l'élaboration des motos I: Ecureuil. << ca, c'est un truc à oublier... On devait travailler à la construction des pre- miers protos, rien n'allait, c'était un truc de fous. A trois mois duDakar, rien n'était fait, on s'y est mis à fond, on travaillait jour et nuit, on dormait trois heures... la folie. Et le truc super (il se marre), c'est que les vérifs se passaient d Rouen. On est parti de Lyon à 6 heures et, en I50 km d'autoroute, j'ai ramassé les trois protos, une panne différen- te pour chaque. Imagine, on n'avait même pas encore passé les vérifs. " Heureusement, Daniel a aussi connu la victoire. |
![]() Daniel Pascal en 7 dates 1950 : naissance à Bains-les-Bains (Vosges) 1960 : découverte de la moto 1970 : début des compétitions en motocross 1980 : premier Dakar, arrivée chez Challenge 94 1987 : ouverture de Compé client 1993 : création de Chrono vert (centre TT) 1987 à 1995 : multiples podiums de ses pilotes en rallyes africains |
| Mais, là encore, il ne se mettra pas en avant. Non, lui, ce qui le gêne, c'est une désertification certaine des rallyes africains, aussi bien des capitaux que des teams structurés : Il y a dix ans, il y avait de gros teams, au mini- mum trois pilotes par équipe. On trouvait Honda, Yamaha, Suzuki, Cagiva, BMW, etc. Maintenant, c'est tellement différent. Quand tu vois que pour Magna, jusqu'à l'année der- nière, on préparait la moto une semaine avant le départ, ça fait peur. Yamaha est le seul team à se donner les moyens : pour régler leur amortisseur, ils sont partis une semaine en Tunisie, alors que nous, on l'a réglé sur le parking derrière l'hôtel, la veille de la premièrespéciale... Comment veux-tu gagner?" Un peu nostalgique de l'époque dorée des rallyes-raids, il regrette également la "déprofessionnalisation" de l'enduro : << En 87-88, des marques s'investissaient, c'était sérieux... Quatre ou cinq ans plus tard, les pilotes arrivaient avec une moto sur la remorque : ils ont pris un mauvais pli en perdant ce côté pro. En Italie, tu peux regarder, ils l'ont conservé. >> I1 attend un instant et reprend : << Et pour le niveau, c'est pareil. Regarde Pidoux qui part deux ans, revient et retrouve sa place ; idem pour Miroir. Attends, c'est pas normal, c'est bien pour eux mais c'est pas normal. En cross, tu ne peux pas connaître le même truc; l'enduro évolue peu et c'est dommage. " Est-ce pour l'aider que Daniel s'est installé en Puisaye, à Mézilles (entre Auxerre et Saint-Fargeau), emportant femme et enfant, et a ouvert un centre TT ? Certainement un peu, mais c'était surtout un rêve depuis quinze ans. Son avenir, il le construit jour après jour. Et s'il rêve, c'est de participer à la recons- truction de l'édifice enduro : << Tu vois, j'aimerais aider des jeunes, les former. C'est dommage de voir des gamins prometteurs d 14 ans et qui laissent tomber ensuite. Je serais heureux que mon centre puisse y contribuer, en étant l'un des maillons de la chaîne. ,> Dévoué corps et âme à sa passion, ce barbu-là prône l'ouverture et n'est pas prêt de changer. | |